Qui aurait un disque dur de 25 millions de gigas à prêter à MegaUpload ? La question est urgente, puisque la justice américaine pourrait laisser deux des entreprises qui louent leurs serveurs à l’ex-géant du direct download récupérer leurs biens dès jeudi, faute d’être payées pour ce service. Un paiement qui ne risque pas d’intervenir, puisque les avoirs financiers de MegaUpload ont été gelés, et que la demande de ses avocats sur ce sujet a été déboutée.

Un document ajouté au dossier vendredi par le bureau du procureur du district américain de Virginie orientale, cité par l’agence AP, autorise donc désormais Carpathia Hosting et Cogent Communications Group à effacer leurs serveurs dans un peu plus de deux jours. Ce dernier loue 36 serveurs à MegaUpload en France et à Washington, tandis que Carpathia fournit la majeure partie de l’espace nécessaire au stockage des données de quelque 50 millions d’utilisateurs, dans un millier de serveurs localisés en Amérique du Nord. Selon ce même document, les enquêteurs ont déjà copié des données depuis ces serveurs et ont donc exécuté leur mandat. Aucune information n’a par contre été communiquée au sujet des quelque 700 serveurs loués par Leaseweb aux Pays-Bas.

Quant aux utilisateurs qui menacent de porter plainte pour destruction de données personnelles, un porte-parole du ministère de la Justice américain leur avait la semaine dernière conseillé de relire les conditions d’utilisation de MegaUpload (qui sont inaccessibles aujourd’hui, même en cache, pratique…). « MegaUpload informait expressément ses utilisateurs qu’ils n’ont aucune propriété sur les fichiers qui se trouvent sur ses serveurs. Ils assument donc le risque de les perdre ou de ne pas pouvoir y accéder, et acceptent que MegaUpload puisse stopper ses activités sans les en informer. »

Difficile de savoir aujourd’hui ce qu’il va advenir des données des serveurs MegaUpload aux Etats-Unis, au Canada et aux Pays-Bas. Selon l’avocat de l’entreprise, Ira Rothken, MegaUpload est actuellement en négociation avec les propriétaires des fermes de serveurs. « Pour ce qui est de la France, si un accord n’est pas trouvé, Cogent ne pourra toutefois pas décider seul d’effacer ses serveurs, explique Gilles Vercken, avocat spécialisé dans les nouvelles technologies. C’est la justice française qui doit prendre la décision, ou décider d’appliquer une décision de la justice d’un autre pays en vertu d’accords de coopération. En général, le moyen le plus simple est ensuite de copier le disque dur concerné avant de l’effacer. La preuve est ainsi conservée. »

Sauf que dans le cas de MegaUpload, la preuve fait 25 millions de gigas… « Oui, le poids logistique est trop lourd pour la justice. Mais un bien qui a été saisi doit servir lors du procès, on ne peut pas détruire une preuve. La justice peut donc faire des constatations sur ces preuves, copier une partie des données, ce qui permet de les produire lors d’un procès. » C’est ce qui a déjà été fait aux Etats-Unis.

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