Google, Microsoft, Mozilla, Wikipédia ainsi que d’autres grands sites américains se sont fortement mobilisés alors que le projet de loi antipiratage Sopa-Pipa est examiné par le Congrès. Il permettra aux ayants-droit de contraindre les prestataires américains à couper l’accès à des sites Web hébergés à l’étranger.
Branle-bas de combat outre-Atlantique où les principaux acteurs de l’Internet ont décidé de se mobiliser contre les projets de loi antipiratage Sopa (Stop Online Piracy Act) et Pipa (Protect IP Act).

Hier, Google, Microsoft, Mozilla, Wikipédia, le réseau social Reddit, la plateforme de publication WordPress ainsi que des dizaines d’autres sites américains ont organisé ce qui a été présenté comme la plus grande manifestation en ligne de l’histoire du Web. Au programme, bannières anti-Sopa-Pipa, messages de protestation, pétitions mais aussi fermeture temporaire de certains sites comme la version anglaise de Wikipédia ou de Reddit. Une action coup de poing destinée à marquer les esprits alors que les sénateurs doivent voter le texte le 24 janvier.

Hier, l’encyclopédie en ligne Wikipédia a décidé de fermer la version anglaise de son site pour 24 heures et d’afficher une page noire avec un message expliquant que le Congrès prépare une loi qui pourrait « endommager fatalement l’Internet libre et ouvert » tel que nous le connaissons. Le réseau social Reddit a décidé lui aussi d’un blackout de 12 heures. Google.com a choisi un autre mode d’expression en affichant un lien qui renvoie à une page spéciale intitulée « Mettre fin au piratage, pas à la liberté » livrant des détails sur le projet et invitant les internautes à signer une pétition.

La Fondation Mozilla a annoncé que la page par défaut de son navigateur Firefox serait parée de noir avec un message témoignant de son opposition à Sopa. De même, les sites Mozilla.org et Mozilla.com redirigeaient vers une page spéciale incitant les internautes à se mobiliser. Microsoft n’a pas prévu d’action symbolique de ce genre mais a publié un communiqué pour dire son opposition à la loi dans sa forme actuelle. Le site Sopastrike.com recense toutes les initiatives parmi lesquelles on trouve celle de la plateforme de publication de blogs WordPress, du forum de discussion 4 chan, de Flickr, Craiglist ou encore de l’Electronic Frontier Fondation.

Deux grands absents : Facebook et Twitter

On note l’absence notable de Facebook et Twitter qui ne sont pas associés à ce mouvement de protestation.

Le P-DG de Twitter Dick Costolo a même estimé que la fermeture des sites en réaction à Sopa était « stupide ».

Sopa et Pipa sont en fait deux volets de la même législation, Sopa étant la version déposée devant la Chambre des représentants soumise le 26 octobre dernier par des élus Républicains et Pipa celle proposée par le Sénat américain. Le projet de loi prévoit de lutter contre la diffusion de contenus piratés en permettant aux ayants-droit ou aux autorités compétentes d’obtenir auprès des tribunaux des injonctions forçant les fournisseurs d’accès Internet, les hébergeurs, des services de paiement en ligne ou des moteurs de recherche à bloquer l’accès à des sites hébergés hors des États-Unis susceptibles de proposer du contenu illégal. Concrètement, certains sites diffusant du contenu produit par les Internautes, type Wikipédia, deviendraient de fait responsables de ce contenu, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Cela les obligerait à exercer une surveillance permanente ou à imposer des restrictions à leurs utilisateurs.

Pour prendre un exemple, si un studio de cinéma affirme qu’un site français propose un de ses films en téléchargement illégal, il pourrait demander à Google de retirer ce site de ses résultats de recherche, à PayPal de bloquer toute transaction financière ou aux fournisseurs d’accès d’en bloquer l’accès aux internautes américains. Une disposition de la loi Sopa prévoit également qu’un fournisseur de contenu puisse agir de façon proactive pour bloquer un site qu’il estime coupable d’héberger du contenu protégé.

Sopa-Pipa : le président américain est contre

Bien que la vocation de cette loi soit la lutte contre le téléchargement illégal et la protection des intérêts des ayants-droit, son application dans l’état est suffisamment large et souple pour laisser craindre de graves atteintes à la liberté d’expression sur la Toile et de possibles entraves à la libre concurrence entre les sites. L’administration américaine a pris position contre la loi Sopa et indiqué que le président userait de son droit de véto si d’aventure le Sénat la votait le 24 janvier prochain. Les partisans de Sopa sont notamment les éditeurs et producteurs de contenus comme les studios de cinéma, les labels musicaux et les associations d’ayants-droit comme la MPAA et la RIAA. La position de la Maison Blanche a provoqué leur colère. Rupert Murdoch, le puissant patron du groupe News Corps (studios de la 20th Century Fox, la chaîne TV Fox, le Wall Street Journal) s’en est pris à Barack Obama, l’accusant de s’être « rallié aux grands argentiers de la Silicon Valley qui menacent tous les créateurs de logiciels de piratage et de vol pur et simple » et à Google qualifié de « leader du piratage ».

Si la loi Pipa est effectivement bloquée au Sénat par un véto présidentiel, l’examen de la version Sopa qui a été momentanément interrompu reprendra le mois prochain à la Chambre des représentants. La bataille est donc loin d’être terminée.

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